Peut-on assainir nos finances publiques, sans toucher au totem du « social » ?
Est-il réaliste de penser qu’on pourrait à la fois restaurer notre compétitivité en réformant à la baisse le « train de vie de l’Etat » tout en préservant la « solidarité nationale », sur laquelle il y aurait pourtant beaucoup à dire (et nous en parlons souvent dans nos colonnes), compte tenu que ce totem pèse au fond plus de la moitié de nos 1 700 Mds € annuels de dépenses publiques ? C’est la question à laquelle nous nous attelons dans cet article, éclairés en chemin par Le déclin français est-il réversible ? (2024) , dernier ouvrage de Jacques de Larosière (ancien directeur général du FMI de 1978 à 1987, puis gouverneur de la Banque de France de 1987 à 1993).
L’État français est devenu une machine obèse qui s’auto-alimente…
… en dévorant la substance vitale de ceux qui produisent encore. Par définition, toucher au totem, c’est risquer la révolution. Alors, jouons la carte de la ruse tactique : peut-on sauver le navire sans jeter la « solidarité nationale » par-dessus bord ?. La réponse est oui, et le plan de bataille est déjà tracé.
Le diagnostic de Jacques de Larosière est en effet sans appel : notre sous-compétitivité n’est pas une fatalité, c’est le résultat d’un « train de vie de l’État » délirant, celui-là même que Bayrou s’est contenté de dénoncer, sans raboter d’un centime quelque dépense que ce soit.
L’objectif est pourtant clair : réduire la dépense publique non sociale de 15 milliards d’euros par an (soit 0,5 % du PIB) pendant une décennie. C’est, pour l’auteur, le prix à payer pour restaurer notre compétitivité et annuler le déclassement français. Pas besoin de sabrer dans les retraites ou les allocations demain matin pour commencer à respirer; il suffit de s’attaquer au gras de l’appareil d’État.
Le mammouth bureaucratique : un million de trop !
Le premier levier de cette purge nécessaire est d’une simplicité désarmante : le non-renouvellement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Ce seul effort permettrait d’économiser 5 milliards d’euros par an.
Regardons les faits froidement, loin des slogans syndicaux :
- La France compte 1 million de fonctionnaires de plus que l’Allemagne.
- Pourtant, nous avons 15 millions d’habitants de moins que nos voisins d’outre-Rhin.
- Cerise sur le gâteau de l’inefficacité : le niveau de satisfaction des usagers est supérieur en Allemagne.
Nous payons plus cher pour un service moindre. C’est une insulte au contribuable. Cette bureaucratie surnuméraire n’est pas un rempart social, c’est un boulet qui entrave chaque initiative privée.
Investir au lieu de gaspiller : le modèle espagnol
Les 10 milliards d’euros restants de notre cure annuelle doivent provenir de réformes de structure massives en faveur de l’investissement productif. Il ne s’agit pas de “couper pour couper”, mais de libérer des marges de manœuvre pour que le secteur privé puisse enfin innover et créer des emplois.
C’est ce qu’on appelle un cercle vertueux. Regardez l’Espagne : en osant des réformes de fond, elle affiche désormais une croissance économique à 3 %. Pourquoi la France s’obstine-t-elle dans une stagnation médiocre alors que la recette du succès est sous ses yeux ?
La dernière chance avant le mur
Vouloir préserver le « social » tout en réformant l’État n’est pas une option de confort, c’est vraiment une stratégie de survie pour nous. En s’attaquant au train de vie de l’administration et en favorisant l’investissement, nous pouvons enfin sortir de l’hypnose du déclin.
Mais ne vous y trompez pas : si nous ne faisons pas ce choix aujourd’hui, le « totem » social s’effondrera de lui-même sous le poids de la dette. Il est temps de choisir entre une réforme pilotée avec conviction et un chaos subi dans la douleur.
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