Raffinage du pétrole et risque de pénurie de diesel en France
Cet article décrypte le lien entre la pénurie de diesel et le raffinage du pétrole : pourquoi les capacités industrielles, plutôt que le seul volume de brut extrait, déterminent la disponibilité du carburant à la station, ainsi que les conséquences pour les prix et l’approvisionnement en France.
Notre 8e brief investisseur pour tirer profit dfe cette analyse.
Comprendre la pénurie de diesel et le raffinage
Pourtant, le blocage se situe fréquemment en aval, dans les raffineries, au moment de transformer le brut en gazole utilisable. Pour approfondir la hausse durable du pétrole, les causes structurelles sont documentées depuis plusieurs années.
Pourquoi le raffinage limite l’offre
La pénurie de diesel liée aux capacités de raffinage du pétrole ne vient pas nécessairement d’un manque de brut dans le sol. Elle peut résulter d’une incapacité industrielle à convertir ce brut en carburant conforme aux normes, dans les délais imposés par la demande. Depuis 2020, les investissements du secteur ont chuté de 30 %, à 309 milliards de dollars, ce qui fragilise durablement l’outil industriel mondial. Le risque de pénurie devient dès lors structurel plutôt que conjoncturel.
- Fermetures accélérées : de nombreuses raffineries, fermées pendant la pandémie après l’effondrement de la demande, n’ont jamais rouvert. Les capacités mondiales ont ainsi diminué de façon permanente.
- Sous-investissement chronique : les grandes compagnies pétrolières réorientent leurs capitaux vers les énergies renouvelables. Les investissements pétroliers devraient pourtant atteindre 525 milliards de dollars par an pour couvrir la demande de la décennie.
- Tensions géopolitiques : des raffineries du Moyen-Orient ont été endommagées par des bombardements ciblés. Leur remise en service peut nécessiter jusqu’à six mois, créant une rupture d’approvisionnement immédiate pour des pays importateurs comme la France.
En complément, les pressions exercées sur les investisseurs institutionnels pour les éloigner des énergies fossiles accentuent le désinvestissement. Le choc pétrolier susceptible de naître de ce déséquilibre ne se limite pas à une hausse des prix à la pompe : il fragilise la sécurité d’approvisionnement de secteurs entiers, du transport routier à la production alimentaire.
Comment le diesel est produit
Le raffinage du pétrole comprend trois étapes successives : la distillation atmosphérique, qui chauffe le brut à environ 360 °C afin de séparer les fractions selon leur poids moléculaire; la conversion, qui fragmente les molécules lourdes pour améliorer les rendements; puis le traitement, qui élimine le soufre, les métaux et les impuretés. Le gasoil provient des coupes moyennes, qui représentent environ 35 % du brut, récupérées à un niveau intermédiaire de la colonne, avec un complément issu de la distillation sous vide. En 2026, la pénurie de gasoil s’explique en partie par l’hydrodésulfuration exigeante de ces coupes : ses unités ne peuvent être saturées sans une planification industrielle de long terme.
Les contraintes des raffineries européennes
Les raffineries européennes traitent surtout des bruts doux légers : en avril, elles en consommaient environ 3,06 millions de barils par jour, contre 1,19 million de bruts moyens et seulement 0,26 million de bruts lourds. Or les bruts doux produisent davantage d’essence et de naphta, mais moins de diesel que les bruts moyens ou lourds. À l’inverse, une raffinerie complexe équipée d’unités d’hydrocraquage ou de craquage catalytique peut mieux ajuster ses rendements; une installation simple ne compense pas ce déséquilibre entre l’offre de carburant et la demande de gazole.
La capacité de raffinage européenne était projetée à 11,3 millions de barils par jour en juillet 2025, après 11 millions en juin et 10,9 millions en mai. Cette progression reste insuffisante pour garantir un stock supplémentaire de diesel. L’Agence internationale de l’énergie anticipe d’ailleurs une baisse de la demande de gazole d’environ 2 millions de barils par jour sur 2025-2026, tandis que la demande d’essence progresserait de 1,7 million de barils par jour : ce décalage entre l’évolution de la demande d’essence et celle du gazole complique les choix d’investissement, moderniser les unités de conversion ou réduire la production.
Pénurie de diesel à la station
En France, 25 % du diesel consommé provient du Moyen-Orient. Une dépendance qui rend les prix sensibles aux crises de la région. Depuis 2010, quatre raffineries ont fermé. Un autre site a été reconverti en biocarburants. La production nationale recule. Les ruptures de la supply chain dues au conflit en Iran aggravent cette dépendance : le trafic au détroit d’Ormuz est fortement réduit depuis le 28 février 2026, avec plus de 170 porte-conteneurs immobilisés, ce qui allonge les routes alternatives de 20 à 30 jours.
Une décision financière éclairée commence par l’évaluation de ce risque avant sa matérialisation. La pénurie de raffinage du diesel fait l’objet d’un nouveau brief investisseur de 8 pages, structuré en six parties, issu d’échanges exclusifs avec des gérants de portefeuille. Il est d’ores et déjà disponible, avec une visio Expert d’une heure en complément.
| Indicateur | Valeur / Situation | Impact sur l’approvisionnement |
| Capacité de raffinage dans l’UE (juillet 2025) | 11,3 millions de barils/jour | Hausse des débits sans garantie de diesel supplémentaire |
| Part de bruts doux traités dans l’UE | ~3,06 Mb/j contre 1,19 Mb/j de bruts moyens | Moins de diesel produit par baril de brut |
| Raffineries françaises fermées depuis 2010 | 4 sites | Dépendance accrue aux importations |
| Part du diesel importé du Moyen-Orient en France | 25 % | Exposition directe aux tensions géopolitiques |
| Investissements pétroliers mondiaux (2020) | 309 milliards de dollars (−30 %) | Sous-capacité industrielle durable |
| Baisse anticipée de la demande de gazole (2025-2026) | −2 Mb/j (AIE) | Décalage avec la demande réelle à court terme |
