Un bull market sur l’or parti pour durer
Comme nous l’expliquions dans cette vidéo, rien ne semble pouvoir arrêter l’or, dont le cours a doublé depuis 2019 (sic !) et qui progresse de plus de 26% depuis le 1er janvier 2024.
Parmi l’ensemble des raisons conjoncturelles qui expliquent ce marché haussier, on compte bien sûr les achats massifs des banques centrales émergentes (notamment russe et chinoise) et la baisse des taux directeurs de la BCE et de la FED. Certes.
Mais il faut surtout insister sur un facteur qui devient structurel, et qui est par nature difficile à jauger : l’exacerbation des tensions géopolitiques, lesquelles ravivent à leur tour le spectre de l’inflation, qui n’a en réalité jamais été conjuré au sein de la zone euro. Or le statut de l’or tient à ce qu’il n’est la dette de personne et c’est pour cette raison qu’un bull market sur ce marché pourrait bien être, actuellement, le signe d’une véritable fuite devant la monnaie.
En effet, deux régimes monétaires sont observables dans l’Occident historique :
- Une période keynésienne, où le cash en € et en $ joue son rôle et où les obligations surperforment alors le cours de l’or ;
- Une période wicksellienne, où le cash, détruit par l’inflation, ne parvient plus à jouer son rôle de réserve de valeur : l’or surperforme alors les obligations.
Inutile de vous dire que la zone euro et la zone dollar traversent actuellement une violente turbulence wicksellienne, laquelle a commencé à faire fuir les agents économiques devant le papier-monnaie. Flight-to-quality…
L’effondrement économique de la zone euro
Comme nous l’expliquions dans cette vidéo, avec bientôt 3 200 Mds € de dette publique, soit environ 115% de notre PIB, l’écart de taux (on parle de spread) entre le 10-ans français et le 10-ans allemand a augmenté de… 214% depuis la mi-2021 : il a donc plus que triplé, ce qui commence à indiquer aux prêteurs internationaux qu’il vaut décidément mieux prêter à Berlin qu’à Paris ! Si cette donne devait se poursuivre, il n’est pas à exclure que la France vive un shutdown (temporaire) de ses services publics, hypothèse que j’ai détaillée dans les colonnes de Valeurs Actuelles début septembre…
… et ce, alors même que la « locomotive » allemande n’est pas non plus en grande forme, depuis que les Américains ont, coup sur coup (mais seuls les complotistes y verront un lien), fait exploser le gazoduc North Stream II qui alimentait Berlin en hydrocarbures russes bon marché et déployé un programme de subventionnement des industries européennes souhaitant délocaliser tout ou partie de leur production sur le sol US, idéalement baptisé « Inflation Reduction Act » (IRA) !
N’oublions pas que tout cela avait d’abord était préparé par Mme Merkel, laquelle avait fait fermer toutes les centrales nucléaires ! Concurrencée par la Chine sur l’automobile et le Japon sur les machines-outils (et la chimie), l’Allemagne se désindustrialise désormais au même rythme que la France sous Mitterrand (explosion du coût du travail), puis Chirac (arrivée de l’euro), même si elle garde des ressources que nous n’avons plus, à l’instar d’un excédent commercial annuel d’environ 200 Mds €, d’une dette publique contenue à moins de 64% du PIB et d’un déficit public à 2,5%, soit un quasi respect des obligations européennes du Pacte de Stabilité et de Croissance (PSC). Nous en sommes loin.
Enfin – et le symbole fait mal, le Portugal, qui a su mener à bien des réformes de « débureaucratisation » d’ampleur, emprunte désormais à un taux plus faible de 18 points de base (soit 0,18 pt de %) que la France !
Des banques européennes de plus en plus fragiles
Comme nous l’expliquions dans cette vidéo, l’indice des banques européennes s’est replis de 70% environ depuis la crise des subprimes, dont on prétend que le secteur bancaire aurait « tiré les enseignements » ! Si l’on peut, il est vrai, opposer au scénario d’un renforcement de la régulation bancaire, que le coût de transposition des règles européennes est très élevé, qu’il elle empêche le développement bancaire, réduit les marges pour financer la croissance (et notamment les firmes non cotées) et que la capitalisation des banques européennes a suffisamment progressé (+10 pts de % depuis la crise des subprimes), il n’en reste pas moins qu’entre autres l’interdépendance des banques systémiques (« too big to fail ») est encore restée excessive.
On aura donc compris qu’hélas les arguments ne manquent pas pour sortir géographiquement vos avoirs financiers de l’UE et de la zone €uro et vous constituer matériellement un panier de devises autres que le dollar et l’euro.
Si l’on en croit le cours de l’or, la fuite devant les grandes monnaies-dette semble en effet avoir commencé, dans un contexte géopolitique très tendu et une situation macroéconomique marquée, d’une part, par la persistance d’un régime d’inflation supérieur à ce qu’il a été depuis deux ou trois décennies et, d’autre part, par l’affaiblissement conjoint du tissu bancaire européen depuis 2007 et des grandes économies européennes (France, Allemagne), tout spécialement depuis la dérive de l’endettement public consécutif au Covid et la « mise sous tutelle énergétique » de l’Europe par les États-Unis via les sanctions contre la Russie.
Mais rassurons-nous : les successeurs de Bruno Lumière, qui nous manque déjà, veillent au grain…
Florent Ly-Machabert