Karl Marx, le spectre qui hante encore le monde (extrait du N°61 de Finance & Tic)

Marx (1818-1883) n’était pas un simple philosophe de bibliothèque ; il était un séisme intellectuel. Né en 1818 à Trèves, en Prusse, cet homme a démantelé les illusions de son siècle pour mettre à nu les rouages brutaux du capitalisme. On ne peut pas comprendre le monde moderne sans se confronter à la violence de sa pensée et à la radicalité de sa méthode.

Issu d’une famille d’origine juive convertie au protestantisme, Marx commence par lorgner vers le droit, avant de sombrer avec passion dans la philosophie hégélienne à Berlin. Mais là où d’autres se perdaient dans des abstractions brumeuses, Marx a exigé du concret. Pour lui, la philosophie ne devait plus se contenter d’interpréter le monde : elle devait le transformer.

Exilé à Paris, puis à Bruxelles et enfin à Londres, Marx a vécu la vie d’un paria politique, traqué par les polices européennes et soutenu financièrement par son fidèle allié, Friedrich Engels. C’est dans cette précarité qu’il a forgé ses armes les plus tranchantes.

L’anatomie du vol : le matérialisme historique

Le génie de Marx réside dans son refus de croire aux idées désincarnées. Il a affirmé que l’histoire de toute société humaine n’est que l’histoire de la lutte des classes.

  • L’infrastructure : ce sont les conditions matérielles et économiques qui déterminent tout le reste ;
  • La superstructure : la religion, le droit et la morale ne sont que des outils utilisés par la classe dominante pour justifier son pouvoir.

Dans son chef-d’œuvre de 1867 (pour le seul tome publié du vivant de l’auteur), Le Capital, il décortique le mécanisme de la plus-value. Le constat est sans appel : le profit n’est rien d’autre que du travail non payé, une extorsion systématique déguisée en contrat de travail « libre ». Le capitalisme n’est pas un système naturel : c’est, pour Marx, un système de prédation.

Le manifeste de la rupture

En 1848, avec Engels, il publie Le Manifeste du parti communiste. Ce n’est pas un texte académique, mais un cri de guerre. Marx y prophétise l’effondrement inévitable de la bourgeoisie sous le poids de ses propres contradictions et l’avènement inéluctable du prolétariat : « Les prolétaires n’ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner. »

Marx meurt à Londres en 1883, presque anonyme, mais ses idées vont incendier le XXe siècle. Si ses analyses sur l’aliénation et la concentration des richesses (due, de nos jours, au « capitalisme monopoliste d’Etat ») restent d’une actualité terrifiante, son nom reste indissociable des tragédies totalitaires qui s’en sont réclamées. Pourtant, réduire Marx aux échecs de l’URSS serait une erreur intellectuelle majeure. Il reste le critique le plus féroce et le plus lucide de notre système. Marx n’est pas mort ; il est le miroir dérangeant que l’on tente désespérément de briser pour ne pas voir les failles de notre propre société.

Florent Ly-Machabert



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