Les évènements économiques et financiers s’accélèrent : non seulement l’instabilité politique est actuellement à son comble en France, mais la remontée des taux longs japonais ne devrait pas aider notre pays à financer facilement son déficit sur les marchés obligataires.
Quel est le rapport, me direz-vous ?
A près de 3,30% de rendement, le titre de dette à 30 ans du Japon a de quoi séduire l’épargnant japonais, traditionnellement friand, via les assureurs, les fonds de pension et les banques nippons, de bons du Trésor américain, de Bunds allemands, de Gilts britanniques, de titres de créance mondiaux divers… et d’OAT françaises ! Déjà en juin 2024, au moment de la dissolution, une vente massive de titres de dette française par les Japonais a eu lieu, mais de gré à gré, c’est-à-dire sans passer par le marché obligataire, vraisemblablement au bénéfice… du Qatar. Ce fut donc sans incidence pour le taux français, mais de tels tours de passe-passe ne seront pas toujours couronnés de succès !
Dans cette capsule Patrimoine, Machabert décrypte le grand jeu de bascule qui est en train de s’opérer sur les marchés obligataires mondiaux. Si l’Allemagne, comme valeur refuge de l’eurozone, devrait tirer son épingle du jeu, il pourrait en aller très différemment des pays confrontés à une grave crise de financement : l’Italie, le Royaume-Uni et… la France bien sûr ! Avec à la clef, en cas de dégradation des conditions de marché, un blocage de vos assurances-vie, dans le cadre de la loi Sapin 2.
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Chaque année, près de 400 Mds € sont transférés par donations et successions. D’ici 2040, ce cumul pourrait atteindre environ 9 000 Mds €. Aujourd’hui, près de 60% du patrimoine des ménages provient déjà de l’héritage. Ce phénomène marque un basculement historique : le patrimoine se construit de moins en moins par le travail et de plus en plus par la transmission familiale, en particulier immobilière. Cette évolution pose plusieurs défis : les héritages arrivent tard, leur répartition reste très inégale et ils représentent une part significative, probablement croissante, des recettes fiscales de l’État. Il s’agit d’un défi économique et social majeur pour les prochaines décennies, qui appelle à une réflexion sur les choix familiaux et les politiques de transmission de patrimoine
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Analysons les dynamiques monétaires du yen japonais et du yuan chinois dans un contexte de pressions économiques globales, marquées par l’inflation, les déséquilibres commerciaux et les tensions géopolitiques. Ces deux devises, sous-évaluées en parité de pouvoir d’achat (PPA), illustrent des stratégies visant à maintenir artificiellement une sur-compétitivité économique tout en naviguant entre contraintes domestiques et pressions internationales.
Le yen japonais : entre inflation et dette colossale
Le Japon fait face à une inflation élevée, alimentée par le vieillissement démographique, qui réduit la productivité manufacturière et augmente les coûts salariaux unitaires de 4% par an. Cette situation, combinée à une pénurie de main-d’œuvre, justifierait une hausse des taux d’intérêt par la Banque du Japon (BoJ). Cependant, la dette publique, autoproclamée à environ 240% du PIB, impose de maintenir des taux nominaux bas, chaque point de hausse réduisant la croissance de 2,4%. Tokyo opte donc pour des taux réels négatifs (inférieurs à l’inflation) pour préserver la compétitivité face à l’Allemagne et aux États-Unis. Pour contrer les menaces de tarifs douaniers américains, le Japon mise sur des investissements directs à l’étranger (IDE) massifs aux États-Unis, comme en témoigne une récente visite officielle à Washington. Une vente modérée de bons du Trésor américain (20 Mds $ mi-avril) vise également à influencer la politique commerciale de Trump, sans toutefois atteindre l’ampleur des ventes chinoises.
Le yuan chinois : dévaluation stratégique et ambitions globales
La Chine, confrontée à des tarifs douaniers croissants, adopte une stratégie agressive pour maintenir son avantage commercial. La bourse de Hong Kong progresse malgré ces tensions, soutenue par la création d’une chambre de compensation locale pour concurrencer Euroclear et Clearstream, recyclant ainsi les dollars auxquels le HKD est arrimé. La Banque populaire de Chine (BPC) a élargi la bande de fluctuation du yuan, favorisant une dévaluation ciblée pour compenser les tarifs. Cette sous-évaluation, estimée à 30 % en PPA, a doublé l’excédent commercial chinois en trois ans (1 100 Mds $, plus 300 Mds $ pour des voisins comme la Corée du Sud). La BPC a également abaissé deux de ses trois taux directeurs, affaiblissant davantage le yuan, ce qui pourrait bénéficier aux obligations chinoises si les taux longs suivent. Cette politique risque toutefois de menacer le libre-échange mondial si le yuan n’est pas réévalué.
Une résonance avec le bancor de Keynes
Ces stratégies rappellent le plan Keynes de 1944 pour le « bancor », une monnaie internationale neutre proposée à Bretton Woods pour réduire les déséquilibres commerciaux et éviter les tensions géopolitiques. Relancé en 2008 par Zhou Xiaochuan, alors gouverneur de la BPC, ce concept visait à créer une unité de compte pour les banques centrales, avec des parités fixes révisables, des pénalités pour les excédents/déficits, et une chambre de compensation internationale. En sous-évaluant leurs devises, le Japon et la Chine reproduisent, à leur manière, une logique de contournement des systèmes dominés par le dollar, tout en alimentant des tensions protectionnistes.
Conclusion
Les politiques monétaires du yen et du yuan illustrent des choix stratégiques pour préserver la compétitivité dans un monde sous pression commerciale et géopolitique. Le Japon jongle avec sa dette massive et l’inflation, tandis que la Chine dévalue pour contrer les tarifs et renforce son autonomie financière. Ces dynamiques, proches de l’idée du bancor, soulignent les défis d’un système monétaire international fragmenté.
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