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Bilan économique de la Chine en 2022

Une année moins bonne que prévu

Au 3e trimestre 2021, le PIB chinois surplombait déjà de plus de 8% son niveau pré-pandémique. Cependant, le rythme de la croissance avait nettement ralenti, tombant à 4,9% en glissement annuel, en dessous des standards chinois d’avant-crise, qui étaient autour de 6%. La reprise en forme de « V » s’est donc progressivement estompée, comme en a longtemps témoignée la nouvelle contraction de l’activité manufacturière. Les exportations affichaient une croissance nettement plus soutenue que les importations entre mi-2020 et début 2021, mais leur progression a progressivement ralenti depuis le printemps 2022. La balance commerciale chinoise reste cependant insolemment positive, avec près de 100 Mds d’€ d’excédents commerciaux… pour le seul mois d’août 2022 ! Signe que le découplage économique entre l’UE et la Chine ou entre les USA et la Chine est encore loin d’être une réalité… Business is business.

Le long maintien des mesures sanitaires à l’échelle mondiale a ainsi prolongé la perte de vitesse sur les exportations de biens médicaux et informatiques (deux pôles de spécialisation de l’industrie chinoise), mais la demande adressée à ces secteurs a commencé à s’estomper avec la fin des restrictions sanitaires enfin intervenue. La forte reprise observée en Chine a donc été tributaire de la demande du reste du monde, alors que le processus de transition vers une économie plus « autocentrée » s’est enrayé avec la pandémie. En témoignent les immatriculations automobiles qui ont plafonné depuis le début de 2021 à un niveau inférieur à leur moyenne de 2019, ainsi que la reprise poussive des ventes de détail, toujours bien en-dessous de leur tendance d’avant-crise. Ainsi, après un rebond fulgurant, les perspectives de croissance pour l’économie chinoise sont systématiquement revues à la baisse, à l’heure où le soutien public à l’économie se réduit et où le secteur privé subit un tour de vis réglementaire et une augmentation des contraintes environnementales.

La pandémie

Le rebond de la pandémie lié au variant Omicron n’a, dans un premier temps, pas convaincu les autorités chinoises qu’il fallait assouplir la politique « zéro Covid » appliquée depuis l’origine de la crise sanitaire avec des résultats pour le moins mitigés. Les treize millions d’habitants de la ville de Xi’an en décembre 2021, puis les quatorze millions d’habitants de la ville de Tianjin début janvier 2022 ont été mis en quarantaine et soumis à des tests systématiques face à l’apparition de quelques centaines de cas (192 le 10 janvier 2021 pour Tianjin). Le coût de cette politique est difficile à mesurer précisément, mais il est évident que les mises en quarantaine, les interruptions de transport, les coûts d’arrêt liés à cette politique ont pesé et vont continuer de peser sur la consommation, le tourisme et l’offre de biens et services, le tout dans un contexte géopolitique de tensions croissantes au sujet de Taïwan et de rapprochement avec la Russie dans le contexte de l’opération spéciale menée par Poutine en Ukraine.

Au regard des bons résultats sur le front de l’inflation (dont le taux ne dépasse pas 2,9% depuis 10 ans, que l’on peut notamment imputer à la non monétisation du Covid (pas de planche à billets), le gouvernement chinois n’a sans doute aucune envie de modifier une politique qu’il juge payante depuis 2020 sur le front sanitaire (le nombre de cas par million d’habitants en Chine est 35 fois plus faible que celui des États-Unis, si l’on considère leurs statistiques comme fiables…). Par ailleurs, les grandes échéances de l’année 2022, avec les Jeux Olympiques d’hiver en février dernier et le XXème congrès du Parti communiste en novembre dernier, ne favorisent pas l’innovation. Un signal fort de ce risque est la multiplication des faillites de PME, qui sont les plus touchées par les restrictions sanitaires. Le nombre de faillites atteignait 4,3 millions au cours des onze premiers mois de l’année 2021 et dépassait largement le nombre de créations d’entreprises (1,3 millions, soit dix fois moins qu’en 2019).

Situation des ménages

La part de la consommation privée dans le PIB chinois avait atteint 34,8 % en 2010 (soit 20 pts de moins qu’un pays comme la France). La pandémie a inversé la tendance : la consommation privée a chuté en 2020. L’année 2021 a été plus encourageante : le revenu disponible a repris sa progression ainsi que le taux d’épargne, particulièrement élevé en 2020 (34% du revenu disponible). Mais les ventes de détail de l’automne 2021 ont connu une croissance ralentie en raison des perturbations liées à la politique sanitaire, le marché automobile étant particulièrement affecté par un double choc d’offre (pénurie de semi-conducteurs, qui ne devrait pas s’arranger avec la crise taïwanaise qui couve toujours) et de demande.

Globalement, la consommation reste un moteur mou de la croissance chinoise, sans que le gouvernement ne semble prêt à lui accorder une réelle priorité. Car, contrairement à ce qui s’est passé en Europe ou aux États-Unis, où les plans de soutien à l’économie incluaient une forte part de soutien aux revenus, la Chine a surtout pratiqué une politique de soutien à l’offre et aux entreprises, ce qui lui a permis de soutenir sa monnaie, le renminbi.  

Enfin, le Premier ministre chinois n’a pas répondu sur l’impact réel que pourrait avoir la guerre en Ukraine sur l’économie chinoise. On l’oublie souvent mais la Chine est en effet le premier partenaire commercial de l’Ukraine. Le pays fourni(ssai)t notamment à la Chine près du tiers de ses importations de maïs.

Sources : Xerfi, Samarie & Cie


Florent Ly-Machabert

6e tableau de bord de l’épargnant disponible (2023)

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Quinzième dossier disponible

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Énergie : la France, un bon élève qui s’autoflagelle

92% d’électricité décarbonée en France en 2021… mais il faut encore plus !

La production d’électricité en France a été assurée en 2021 à plus de 92% par des sources émettant peu de gaz à effet de serre à savoir le nucléaire (69%), l’hydraulique (12%) et plus légèrement l’éolien (7%) et le solaire (2,7%), selon les chiffres de RTE (Réseau de Transport d’Électricité).

A noter que la part des énergies renouvelables a baissé par rapport à 2020 du fait de conditions météorologiques défavorables. Après une année 2020 entachée par le Covid, la consommation et la production d’électricité ont retrouvé des niveaux proches de 201, à respectivement +1,7% et +4,5% sur un an.

Difficile d’y croire pour de nombreux militants écologistes, mais la France est l’un des pays au monde où la production est la plus décarbonée. L’intensité carbone de la production électrique française est l’une des plus faibles au monde à 36 g de CO2/kWh, soit six fois moins que la moyenne européenne ! De quoi remettre en cause le jugement de février 2021 du tribunal administratif en faveur de l’association L’Affaire du siècle qui condamnait la France pour sa politique énergétique.
La reprise de la consommation a été alimentée par la reprise économique. Le secteur industriel a consommé 8% de courant en plus qu’en 2020, avec cependant des différences selon les filières : +20% dans la sidérurgie, tandis que la construction automobile est toujours en retrait. Du côté de la production (522,9 TWh, soit -2,7% par rapport à 2019), 92% de l’électricité est venu de sources décarbonées, avec un recours très limité à la production thermique fossile. Le nucléaire a fourni 361 TWh, soit 69% de l’électricité française. La production nucléaire est repartie à la hausse (+8 % par rapport à 2020, mais 5% en dessous du niveau de 2019), avec une faible disponibilité du parc en fin d’année 2021, qui reste partiellement d’actualité en 2023.

L’année 2021 a aussi vu un développement rapide des capacités solaires (près de 2,7 GW supplémentaires), même si, en termes de niveau de production, cela reste limité. Ainsi, la production renouvelable totale a connu une baisse en 2021. En cause notamment, les conditions météorologiques défavorables pour l’éolien (36,8 TWh, -7%) et l’hydraulique (62,5 TWh, -5%). Pour la production fossile (essentiellement gaz et charbon), elle a reculé de 8% par rapport à 2019 (3,4 TWh). Elle a cependant légèrement progressé par rapport à 2020, avec un recours plus fréquent aux centrales à charbon fin 2021 (au détriment du gaz dont les prix ont explosé sur le marché européen), du fait d’une disponibilité plus faible pour cause de maintenance du parc nucléaire et d’épisodes de faible production éolienne. Sur ce point précis, la situation géopolitique n’a rien arrangé, bien au contraire. On n’entend d’ailleurs pas beaucoup les Verts sur les conséquences environnementales des sanctions énergétiques européennes contre Poutine.

La France a aussi gardé, l’an dernier, sa place de premier exportateur européen d’électricité. Cependant, il y a eu une forte volatilité des flux : les volumes d’exports ont été au plus haut depuis 2017 (87 TWh), tandis que les volumes d’importation en 2021 ont atteint 44 TWh (+27 % par rapport à 2020, + 55 % par rapport à 2019, le plus haut niveau depuis dix ans.

Enfin, l’envolée des prix de l’électricité a constitué l’un des faits marquants de 2021/2022. Le prix moyen français s’est élevé à 109,2 €/MWh l’an dernier, contre 32,2 €/MWh en 2020. Cette augmentation est due à la forte augmentation du prix du gaz, entraînant avec lui celui du charbon et du CO2 sur le marché des quotas européens.

De quoi anéantir, comme nous vous le répétons, le narratif autour de la guerre en Urkaine qui serait la seule responsable de l’inflation énergétique !


Florent Ly-Machabert

5e tableau de bord de l’épargnant disponible (2023)

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La France est au plus mal mais… [INÉDIT]

La France est au plus mal.

L’Europe aussi.

Les décisions s’enchaînent et contribuent toutes, avec une singulière constance, à détruire ce qui faisait jadis notre force, nos atouts, voire notre identité : notre programme nucléaire, conçu par le Général, est vieillissant et mal entretenu, alors qu’il promettait de nous garantir « une certaine souveraineté énergétique », comme eût dit son concepteur en personne ; nos artisans, notamment boulangers, souffrent, comme conséquence d’une guerre qui n’est pas celle de la France, d’une explosion de leur facture d’électricité qui les menace d’une faillite généralisée, comme ils sont désormais en train de le clamer haut et fort sous les fenêtres de Bruno Le Maire himself ; de petits télégraphistes, du style de Roselyne Bachelot, se croient intelligents, alors même que cette dernière était ministre de la culture quand Notre-Dame-de-Paris a brûlé, toujours mystérieusement jusqu’à aujourd’hui, de proclamer sur les ondes qu’« il y a trop d’églises en France », faisant réagir l’homme-sandwich du Président en matière patrimoniale : Stéphane Bern.

Et caetera. Et caetera. Ad nauseam.             

Mêmes nos alliés historiques, les Etats-Unis, n’ont plus que faire d’une Union européenne dont ils ont non seulement compris mais orchestré (qu’on lise, au hasard, une biographie de Jean Monnet) qu’elle devait devenir une UERSS : une Union européenne des républiques socialistes soviétiques. En témoigne le recul glaçant de nos libertés fondamentales depuis que s’enchaînent sur notre sol états d’urgence sécuritaire, sanitaire et, à bas bruit, climatique !

Regardez-les, depuis deux décennies, ces Présidents américains, de Bush à Biden en passant par Obama, exporter leur paix et leur démocratie à coups de canon mitrailleur, de chars, de « carpet bombing », de « frappes chirurgicales ». Pour du pavot. Pour du pétrole. Pour – horreur ! – extraterritorialiser leur « US dollar ». Et les voilà, à présent, qui volent au secours des entreprises européennes en les subventionnant grassement si elles acceptent, pour bénéficier d’une énergie moins chère, de s’implanter outre-Atlantique : le suédois Northvolt renonce à son projet teuton ; Siemens Energy part offshore aux USA ; Volkswagen mise sur le Tennessee.

En face, on est interdits.

On se terre.

On est confondus.

La caste a tout cassé.

Gâtée, elle sent que la salle de jeux a commencé à se vider de ses joujoux les plus drôles ; frustrée, elle pique sa crise pour tout détruire avant que ses ennemis, parfois du même camp, ne se servent.  

Quelle dose de malheur, de dissolution de notre narcissisme hexagonal faut-il atteindre pour revivifier, enfin, le pacte bimillénaire de la France avec la liberté ?

Jusqu’où l’esprit de corruption et l’empire du mensonge auront-ils raison de nos valeurs, de notre foi, de notre âme ?  

Qui sommes-nous si nous ne nous levons pas pour l’avenir du fruit de nos entrailles ?  

Que laisserons-nous à nos enfants et petits-enfants, si nous n’arrêtons pas, pacifiquement, légalement, ces malfaiteurs qui sentent bien, entre deux toasts à Davos, que la situation leur échappe.  

Puisons en nous-mêmes les forces insoupçonnées de la joie, de l’intuition, de la solidarité – la vraie, de l’effort collectif conjugué à la responsabilité individuelle pour relever la tête, d’abord, et rebâtir ensemble, ensuite.

Haut les cœurs !   


Florent Ly-Machabert

Quatorzième dossier disponible

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3e tableau de bord de l’épargnant disponible (2023)

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Pourquoi les prix de l’électricité s’envolent-ils en France ? (extrait de Finance & Tic, N°24)

Il s’en est fallu de peu, début février 2022, pour que nous subissions une augmentation de 35% de notre facture d’électricité. Seul un blocage des prix, imposé par le gouvernement quelques semaines auparavant, a pu ramener la hausse à « seulement » 4% et à 15% en 2023. Comment se fait-il que la France, pays du nucléaire, connu pour son électricité bon marché, ait vu autant s’envoler les prix ? Que va-t-il se passer après le 1er juillet 2023, date de mise à mort par l’UE du “bouclier tarifaire” à la française ?

Un tarif protecteur

Les consommateurs français sont censés être protégés des variations du prix de marché. Côté particuliers et TPE (très petites entreprises), un tarif régulé de vente (TRV), exclusivement proposé par EDF, sert de référence de prix pour le marché grand public. C’est par rapport à ce tarif que les concurrents d’EDF mettent en avant des offres à -5% voire -10% pour essayer de grignoter des parts de marché. Le TRV est revalorisé par décret une fois par an, en février.

À côté de ce prix réglementé, le marché français est aussi régulé en amont, côté production, afin de faire bénéficier les entreprises comme les particuliers du nucléaire compétitif. La clé de ce dispositif s’appelle l’Arenh. L’Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique (Arenh) permet à tous les fournisseurs alternatifs de s’approvisionner en électricité auprès d’EDF dans des conditions fixées par les pouvoirs publics. Dans ce cadre, EDF vend à ses concurrents, à un tarif fixe et très modique de 42€ par mégawattheure, pas moins de 100 térawattheures (TWh) d’origine nucléaire sur une consommation française totale d’environ 470 TWh. Le reste est vendu par EDF en contrats long terme aux industriels électro-intensifs. Au final, la hausse des prix est amortie par l’Arenh, pour les particuliers.

Recours au marché

Mais la partie non amortie est de plus en plus importante et fait de plus en plus mal aux entreprises. Il y a quelques années, les 100 térawattheures satisfaisaient aux besoins des fournisseurs alternatifs, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ayant gagné des parts de marché contre EDF, les concurrents ont davantage besoin d’électricité. Cet hiver, ils ont déposé un niveau de demandes record de 160 TWh au titre de l’année 2022. Ils ont par conséquent dû acheter les 60 TWh manquants pour la production française en décembre. Au moment où le cours de l’électricité battait tous ses records en France et en Europe.

Le surcoût lié a été pris en compte mécaniquement dans la formule de revalorisation annuelle du TRV. Ne pas le faire aurait conduit les fournisseurs, qui proposent des offres à prix indexés sur l’évolution du TRV, à la faillite. Ils verraient en effet leur coût d’approvisionnement s’envoler, vu les records sur les prix de vente, sans pouvoir augmenter leurs prix, entraînant une vente à perte conséquente. Le TRV est donc ajusté en tenant compte du marché qui flambe depuis des mois, et les 60 TWh achetés à prix d’or expliquent la hausse de 35% qu’aurait dû connaître le TRV.

Le mécanisme du TRV fonctionne donc bien quand les fournisseurs alternatifs ne demandent pas plus de 100 TWh d’Arenh. À partir du moment où il y a dépassement, l’évolution du TRV, censé protéger les consommateurs contre les variations de prix tout en les faisant bénéficier du nucléaire pas cher, est dépendant des prix de marché. Une partie de la formule de revalorisation du TRV prend en compte la moyenne des prix de marché lissée sur deux ans. Une autre prend en compte les prix de marché durant décembre, qui ont explosé en 2021.

Des réseaux nationaux interconnectés

Sur le marché de l’électricité, ce n’est pas le nucléaire, réputé bon marché, qui fait le prix, mais la dernière centrale mise en route pour satisfaire la demande (coût marginal). Ce rôle est rempli par les centrales tournant au gaz ou au charbon. Leurs coûts dépendent directement du cours du gaz (allemand) et de celui de la tonne de CO2. Quand ils battent des records historiques, comme c’est le cas depuis l’automne 2021, le prix du mégawattheure fait de même. Cette règle vaut pour tous les marchés nationaux européens.

Les réseaux nationaux sont d’ailleurs interconnectés, ce qui permet de combler les manques ponctuels dans un pays, en cas de pic de consommation hivernale en France, par exemple. En temps normal, cela contribue à rapprocher les prix entre pays voisins. Ainsi, sans ces connexions, reliant les réseaux des différents pays, le prix sur le marché serait plus cher dans les pays qui l’importent. Des interconnexions d’une capacité infinie déboucheraient sur un prix unique européen. Mais comme elles ont des capacités limitées, cela provoque des différences de prix entre pays. Au final, si un pays dispose d’excédents d’électricité pas chère, celle-ci sera exportée, contribuant à faire baisser le prix dans le pays qui l’importe. Dans la limite de ce que peuvent faire transiter les interconnexions.


Florent Ly-Machabert

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