Ce mois-ci, pour changer un peu d’horizon, je vous propose de faire un état des lieux de la situation économique de l’Empire du Milieu.
Tout d’abord, très loin de l’inflation européenne, c’est la déflation qui y sévit, avec un recul des prix en janvier 2024 de 0,8% en glissement annuel. Point commun en revanche avec la zone euro : la Chine traverse actuellement une grave crise immobilière « schumpétérienne » (la fameuse « destruction créatrice ») ; or, ce qu’on a du mal à réaliser en Occident, c’est que le secteur immobilier représente environ le quart de l’économie chinoise, le cinquième des emplois et… 7 yuans sur 10 du patrimoine des ménages ! Avec sa croissance ricardienne (fondée sur le développement de ses infrastructures) depuis 2000, la Chine a en réalité produit trop de logements et plusieurs grands promoteurs ont fait faillite (ou presque), à l’instar d’Evergrande, qui a « brûlé » la bagatelle de 80 Mds $ ces deux dernières années… Pour noircir le tableau, la Chine est désormais en déclin démographique (ce qui a permis à l’Inde de la devancer), avec une perte de près de 3 M d’habitants l’an passé. La population active recule également. Le chômage des jeunes (16-24 ans) y est élevé (21%). Pire encore, des multinationales comme Apple, Hewlett Packard ou encore Stellantis délocalisent leurs usines chinoises en Inde ou au Vietnam. Son électricité est faite à base de charbon et le pays représente à lui tout seul un tiers des émissions de CO2, sa stratégie consistant, non sans bon sens, à faire une énergie « sûre » avant de faire une énergie « verte ».
Au plan géopolitique, la Chine a vu ses relations se tendre d’abord avec les USA (ères Trump puis Biden), puis avec l’UE (via l’OTAN), si bien que les acteurs économiques chinois sont plutôt pessimistes. La croissance, certes encore à près de 5%, ralentit, et le rebond post-covid tant attendu n’a pas eu lieu. On dirait finalement le Japon des années 90…
Comble de malchance – ou pas – les grandes places boursières chinoises ont baissé, ce qui ouvre de nouvelles fenêtres d’opportunité pour rentrer sur le marché actions chinois, après avoir investi, vous le savez, dans les obligations libellées en renminbi.
Faudrait-il donc enterrer la Chine ? Pas si vite.
En effet, elle a pour elle ce que l’Occident n’a plus : une vision politique de long terme, celle d’être la première économie du monde à horizon 2030, doubler son PIB d’ici 2035 et faire converger son PIB /hab., encore faible (environ 12 800 $), avec celui des (ex-)pays développés à économie de marché.
Quel est, pendant ce temps-là, notre horizon en France ? L’uniforme à l’école ? La voiture électrique en leasing ? Dix milliards d’euros d’économies sur les stylos de Bercy et de Beauvau ? Aider Kiev ?
La Chine, elle, en plus grande difficulté que prévu, n’a pourtant pas prévu de recourir aux méthodes qui ont précipité les USA ou encore la France dans une trappe à dettes : pas de relance monétaire prévue, pas de relance budgétaire non plus, ce qui est un comble pour une puissance politique où le parti communiste est si fort. Bien sûr le modèle économique de l’Empire du Milieu a eu des ratés : la consommation des ménages reste faible, la productivité s’est érodée, la dette, surtout privée, a explosé, la démographie a patiné et l’environnement est la cadet de ses soucis. Mais il reste un gisement auprès du demi-milliard de Chinois de la classe moyenne. Plus que toute la population des États-Unis. Six fois la France. Six fois…
Florent Ly-Machabert