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Faut-il redouter l’intelligence artificielle ?

L’IA accompagne et renforce l’expertise de l’humain

Nous vivons actuellement un âge d’or en matière de données et de technologies qui ne montre aucun signe de ralentissement. Les technologies d’intelligence artificielle continuent de s’améliorer : les modèles de machine learning traitent des milliards de lignes de données, les avancées en matière de traitement du langage naturel permettent de comprendre l’intention de l’utilisateur et les algorithmes deviennent de plus en plus rapides. Nous assistons à l’automatisation de tâches simples et répétitives, permettant aux utilisateurs de se concentrer sur ce qu’ils savent faire de mieux : appliquer un raisonnement critique et comprendre les données en contexte, ce qu’aucune IA n’atteindra jamais. Cette accélération de l’innovation s’accompagne d’une augmentation des investissements en matière d’IA et de l’adoption de ces technologies. Si l’IA crée des opportunités nouvelles, la plupart des investissements réalisés n’a pas encore généré de valeur. Les sociétés investissant dans ce changement sont 60% plus susceptibles d’indiquer que l’IA dépasse leurs attentes, et 40% plus susceptibles que les autres d’obtenir des résultats positifs. Les responsables métier ont la possibilité de mener des stratégies data et IA de manière contextualisée. Pour que l’IA soit pertinente, gérable et transparente, elle doit impérativement responsabiliser les utilisateurs. Nous allons assister à un basculement des solutions IA, d’une approche d’étude de faisabilité vers un déploiement à grande échelle avec des métiers spécifiques. Différents secteurs développent et utilisent l’IA de manière innovante. Une étude de KPMG a analysé le déploiement de l’IA dans cinq secteurs (retail, transports, santé, services financiers et technologies), et montre que 91% des participants du secteur de la santé considèrent que l’IA facilite l’accès aux soins pour les patients. Et même si la plupart des entreprises gèrent elles-mêmes leur chaîne d’approvisionnement, celles qui adopteront l’IA au cours des mois et des années à venir se démarqueront nettement de la concurrence, selon la prestigieuse Harvard Business Review. Sam Altman, le créateur de ChatGPT, a indiqué récemment qu’une trentaine de métiers, ceux réclamant bon sens, qualités manuelles et créativité notamment, ne seront jamais substitués.  

La formalisation d’une utilisation éthique des données et de l’IA

D’ici 2025, les réglementations devront se focaliser sur l’éthique, la transparence et la confidentialité de l’IA, afin de stimuler la confiance et la croissance, et de garantir un fonctionnement optimal. En raison de l’accélération de l’adoption de l’IA, les approches universelles ne sont plus adaptées. Les organisations peuvent définir la façon dont elles développent et utilisent les données et l’IA de manière responsable, dans un contexte qui évolue rapidement. Chaque entreprise a pour responsabilité civique de concevoir des solutions IA équitables et précises. Aujourd’hui, plus que jamais, l’innovation, la croissance et les relations avec les clients doivent s’appuyer sur une base de confiance et de transparence. Certains ingénieurs spécialisés en IA plaident même pour un moratoire en la matière. Les crises récentes liées aux données donnent par ailleurs un aperçu des usages nuisibles de la technologie, avec notamment les discriminations en matière de reconnaissance faciale ou de traitement des demandes de prêt. ChatGPT répond par ailleurs de façon très orientée à certaines requêtes, ce qui laisse planer le doute sur sa neutralité idéologique. Ces crises poussent notamment, le public à attendre des entreprises qu’elles adoptent une démarche sécurisée et responsable dans le développement et l’utilisation des données. Une étude menée par Cisco en 2021 montre que 72% des participants considèrent qu’il est de la responsabilité des organisations d’utiliser l’IA de manière strictement éthique.

Les entreprises ne doivent pas se limiter aux compétences analytiques et aux formations sur les outils

Le développement d’une réflexion statistique est devenu indispensable aujourd’hui. Chacun doit être en mesure de synthétiser des données pour faciliter la prise de décision, donner du sens au contexte qui nous entoure et préparer l’avenir. Les investissements en matière de technologie et d’IA augmentent, et il est indispensable de développer les compétences des employés pour tirer pleinement parti de ces investissements. Selon PwC, l’IA devrait contribuer à une croissance de l’économie mondiale de plus de 15 000 Mds $ dollars d’ici 2030. L’automatisation transforme les emplois plus rapidement que prévu, elle entraînera une transformation de 85 millions d’emplois d’ici 2025, 300 millions à terme. La moitié des employés devront mettre leurs compétences à niveau dans leur rôle actuel au cours des 5 prochaines années. La demande en matière de compétences analytiques explose, comme l’indiquent les responsables RH, les compétences analytiques, pour l’analyse et la data science, sont en tête des compétences les plus recherchées en 2021. Nos interactions générant de plus en plus de données, il devient nécessaire pour les employés de disposer de compétences data et analytiques de base, sans pour autant devenir nécessairement des data scientists. Pourtant, le chemin est encore long avant de pouvoir tirer parti des avantages d’un personnel formé à la data. En effet, le marché doit composer avec des lacunes en matière de compétences analytiques, mais aussi en matière de programmes de formation en data literacy, en entreprise comme dans l’enseignement supérieur. On estime que seuls 43% des « digital natives » considèrent qu’ils disposent des compétences adéquates. Selon Forrester, moins de la moitié des établissements d’enseignement supérieur ont lancé des initiatives de formation en data literacy. Bon nombre d’entreprises adoptent une approche à court terme en embauchant pour combler des besoins immédiats plutôt que d’investir dans le développement à long terme d’une culture des données et de la data literacy. Un long chemin reste à parcourir.

Florent Ly-Machabert


Vers une « hausse de misère » des actions dans les pays qui détruisent leur monnaie ?

Au sein de l’OCDE, à l’évidence, la mode est à la destruction de la monnaie.

Depuis la crise des subprimes, le bilan de « petites » banques centrales, comme la FED pour les USA ou la BCE pour la zone euro a quadruplé, atteignant, pour chacune de ces jumelles, la seconde copiant la première, environ 9 000 Mds $, soit quelque 8 000 Mds €.

Si Mme Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, a un jour craché le morceau en révélant que trop de monnaie avait « bien évidemment » été injectée ces dernières années, Mme Lagarde, elle, alias ChLag, patronne de la BCE, s’est enferrée dans le mensonge, en déclarant successivement qu’il n’y avait « pas d’inflation », puisqu’elle était « temporaire », pour enfin affirmer qu’elle était « due à la guerre en Ukraine » : on ne répètera jamais assez que le pic énergétique européen remonte à octobre 2021, date à laquelle Poutine songeait peut-être à intervenir en Ukraine, mais ne l’avait pas encore fait !

L’embêtant quand on monétise sa dette publique, c’est que cela fait, tôt ou tard (et parfois cela prend des années), plonger sa monnaie nationale. Sir Thomas Gresham, dès le milieu du XVIe s., ne disait pas autre chose, lui qui a donné son nom à une loi qui établit que « la mauvaise monnaie chasse la bonne » ; Voltaire non plus lorsqu’il affirmait qu’« une monnaie papier, basée sur la seule confiance dans le gouvernement qui l’imprime, finit toujours par retourner à sa valeur intrinsèque, c’est à dire zéro. »

Et nous voilà arrivés dans un monde économique et financier où 60% des transactions se font encore dans une monnaie, le dollar américain, qui a perdu 98% de sa valeur face à l’or depuis 1913, année de création de sa banque centrale ! Il en va de même pour l’euro, qui, face au dollar, a perdu, depuis la crise de 2008, plus de 30% de sa valeur ; ce seul fait explique en grande partie le prix à la pompe en 2023, le cours du baril de pétrole s’étant, pour sa part, replié de 50% sur la même période !

Sauf que, nous en parlons souvent, le monde hors OCDE, BRICS en tête, se dédollarise, à vitesse V. Les réserves de change en dollars, dont Moscou garde un mauvais souvenir depuis leur gel – ou plutôt leur vol – en représailles de son opération spéciale contre Kiev en février 2022, deviennent une patate chaude dont un nombre croissant de pays veut se débarrasser. La Chine, par exemple, ex premier créancier des USA, s’est ainsi séparée de près de 600 Mds $ de bons du Trésor US depuis 2016. Et le mouvement semble s’accélérer, et atteindra ensuite, n’en doutons pas, les obligations des pays européens. Et que vont faire le Japon, la Chine, le Royaume-Uni, la Belgique, bref tous les principaux créanciers de la dette publique fédérale américaine, de ces mauvais dollars issus de la revente de ces obligations US ? Ils vont vite s’en débarrasser et, comme il n’y a en finance que des contrats ou des titres de propriété, et qu’ils viennent de vendre les contrats (les titres de dette), il ne leur restera plus qu’à acquérir des actions libellées en dollar, voire en euro. Petit volume par petit volume. En désespoir de cause. Les actions américaines devraient donc continuer de monter, peut-être aussi les actions européennes, car l’euro aveugle ne vaut pas mieux que son cousin dollar borgne, et c’est ce qu’on appelle une « hausse de misère ». La banque centrale suisse, la BNS, par exemple, fait déjà ses réserves de change en actions américaines, notamment de la tech et des GAFAM, dont elle a fini par devenir un gros actionnaire. C’est probablement ce qui attend les banques centrales chinoise, indienne, brésilienne, sud-africaine. Russe ? Cela semble plus compliqué pour des raisons géopolitiques. Mais, après tout, Poutine n’est qu’un autre type de mondialiste, plus « patriote » et « conservateur » qu’un Biden ou un Macron aux factions desquelles il s’oppose.   

Un autre exemple pourrait illustrer notre propos : le cas turc.

Il est de notoriété publique que l’inflation en Turquie atteint 40%.

Les Turcs, mais aussi les épargnants étrangers, utilisent donc la livre turque au quotidien (qui a cours forcé et légal), mais, conformément à la loi de Gresham, ils cherchent à rompre toute attache avec elle pour leurs investissements. Là encore, une « hausse de misère » – mais hausse tout de même –  de la place boursière d’Istanbul est tout sauf improbable. Idem avec les placements immobiliers, pour peu qu’on prenne le soin d’éviter les zones sismiques… Et l’on pourrait de la sorte dupliquer notre raisonnement avec le Liban (260% d’inflation), dont et la bourse et l’immobilier (Beyrouth ?) pourraient boomer.

Faites vos jeux !   

Florent Ly-Machabert


Où en est vraiment l’économie britannique ?

Le Brexit a bon dos…

L’économie britannique présente mi-2023 de furieuses ressemblances avec celle des États-Unis : le plein emploi (3,8% de chômage), mais au double prix d’une dette qui, certes plus faible en pourcentage qu’outre-Atlantique, dépasse néanmoins le PIB (100,6%) et d’un déficit public du même ordre de grandeur (5,5% du PIB).

Si l’on veut mettre sur le compte du Brexit le déficit (ce qui serait absurde), attribuons-lui également d’avoir d’avoir permis au Royaume-Uni de renouer avec le plein emploi (ce qui n’est pas satisfaisant au plan intellectuel, car la croissance du PIB en glissement annuel – dérisoire : 0,2% – n’est acquise que moyennant une monétisation en continue de la dette publique, comme aux USA et en zone Euro d’ailleurs).

Le taux directeur de la BoE (Bank of England) se fixe actuellement à 4,5%, alors même que l’inflation outre-Manche caracole encore à 8,7%.

Cette situation amène deux commentaires :

1) C’est une anomalie car, aux USA, le taux directeur, laissé inchangé mi-juin par la FED, est de 5,25% pour une inflation en pleine décrue (4% environ). Les courbes du taux d’inflation et du taux d’intérêt se sont donc croisées outre-Atlantique, mais pas outre-Manche, ce qui laisse augurer plusieurs relèvements de taux encore à l’initiative de la BoE. La livre sterling devrait donc bien se comporter face au dollar et même à l’euro, la BCE devant être amenée à ralentir son propre resserrement avant la BoE. Avis aux traders du forex !

2) Le 2-ans britannique (obligation d’Etat) se rémunère mi-juin 4,98% contre 4,6% pour le 20-ans, ce qui constitue une nouvelle anomalie (inversion de la courbe des taux), généralement annonciatrice d’une récession dans les douze mois.

On peut donc jouer la livre sterling à court terme, en attendant l’entrée en récession et le krach immobilier outre-Manche.

Le malheur des uns…          

Florent Ly-Machabert


Krach 2023 : vers une désinflation en Europe ?

La semaine dernière, nous avons émis quelques hypothèses concernant le maintien de l’inflation à haut niveau en Europe et notamment en France. Que le lecteur averti ne voie pas dans l’article de cette semaine une contradiction : il apporte plutôt des précisions sur le chemin qui va nous conduire d’une inflation élevée (6-7% en glissement annuel, avec des pics à plus de 10% en zone euro) à l’inflation durable à un niveau soutenu (4-5% annuel) qui dépasse de très loin le mandat de la BCE (2%). Ce chemin porte un nom et tout porte à croire que l’Europe s’y engage peu à peu : c’est celui de la désinflation, c’est-à-dire du ralentissement de l’inflation, laquelle, conformément, donc, à ce que nous avons expliqué précédemment, ne devrait pas redescendre de sitôt sous la barre, qui reste élevée, des 4-5%.

Force est de constater, d’abord, que nous vivons depuis octobre 2022, n’en déplaise au Forum de Davos, un contrechoc énergétique, au moins aussi violent que le vrai choc énergétique d’octobre 2021, auquel, par la force des choses, l’opération russe en Ukraine, n’ayant pas commencé, n’avait pas contribué. Il s’en est suivi un quasi retour à la normale des prix de l’énergie, premier puissant facteur de désinflation en Europe.

Le tarissement du crédit, qui se fait sentir tant sur l’immobilier que sur l’investissement, depuis que le principal taux directeur de le BCE remonte (juillet 2022), pourrait aussi jouer un rôle désinflationniste, si ce n’étaient les carnets de commande industriels, pleins à craquer en post-pandémie, qui ont pris le relais.

Notamment tirés par le tourisme, les services ont aussi fait de la résistance, même si, fragiles, ils se retourneront à la première récession venue. Or, on l’a appris aujourd’hui, l’Europe vient d’entrer en récession, pour avoir dilapidé toute marge de manœuvre fiscale et budgétaire et faute de stimuli provenant de la demande externe (plombée par 6% de déficit public, la croissance US n’accélère pas malgré le plein emploi ; tirée par les seuls services cotés, la croissance chinoise reste limitée).

Ne reste que le choc de demande positif que constitue la perspective d’une désinflation sur le pouvoir d’achat des ménages européens, lequel reste tiré par une hausse annuelle moyenne des salaires de l’ordre de 5%. Cette désinflation pourrait alors être le fruit de trois facteurs :

  • recul, nous venons de le dire, des prix de l’énergie ;
  • assouplissement des chaînes d’approvisionnement ;
  • perspective d’une accalmie sur l’inflation alimentaire sous le triple effet à nouveau de la baisse du prix de l’énergie, du léger raffermissement de l’euro (qui améliore notre capacité à importer moins cher) et de la fin, accélérée par Bercy, du rattrapage des marges par la grande distribution.

Si l’on peut toutefois encore s’attendre à deux hausses de taux de la part de la BCE, nous notons qu’il faut toujours privilégier dans vos portefeuilles les actions européennes, encore sous-cotées, par rapport à leurs homologues US et les titres à rendement fixe hors OCDE, soit des obligations souveraines émergentes dont je parle ici.

Florent Ly-Machabert


Krach 2023 : vers une inflation durable ?

Les questions pleuvent pour savoir comment et par où nous allons sortir de la situation économique plus qu’explosive dans laquelle l’Occident – France en tête – n’a de cesse de s’enfoncer depuis 1971 (fin de la convertibilité or du dollar américain : “Dollar is our currency, but it is your problem” dixit John Connally, secrétaire au Trésor sous Nixon), avec une accélération forte depuis 2008 et vertigineuse depuis 2020.

Les monétaristes ont raison : avec un bilan des banques centrales européenne (BCE) et américaine (FED) qui a quadruplé depuis 2009 (doublé entre 2009 et 2020 puis doublé à nouveau depuis 2020), atteignant désormais, chacun, la rondelette somme d’environ 8000 Mds € (9000 Mds $), tout ne pouvait que finir en inflation, la quantité astronomique de monnaie créée se répandant – à partir des actifs financiers, c’est la fameuse loi de Gresham, laquelle explique les bulles que nous avons successivement connues (immobilière, boursière) – sur une quantité de biens et de services augmentant beaucoup plus faiblement que la masse monétaire. La guerre en Ukraine est venue assaisonner la situation, qui ne manquait déjà pas de piquant, puisque le pic inflationniste sur l’énergie remonte en France, contrairement à ce qu’on peut lire y compris sous la plume d’économistes patentés (à moins que ce ne soit justement parce qu’ils sont patentés…), à l’automne 2021, soit quatre bons mois avant le déclenchement de l’Opération spéciale en Ukraine !

Pour juguler cette inflation galopante dont l’Exécutif a déjà annoncé quinze fois le “pic”, le “plateau” ou la dernière “vague”, la vérité macroéconomique se situe quelque part dans un relèvement des taux – à la Volcker – précisément à hauteur de cette inflation, soit, actuellement, environ 7% en glissement annuel. Étranglant les finances publiques et mettant déjà en faillite cinq banques américaines (SVB, FRB, Silvergate, Signature) ou suisse (Crédit Suisse), le “quantitative tightening” des banquiers centraux non seulement ne parvient pas à faire rentrer le dentifrice de l’inflation dans le tube, mais alourdit au-delà du supportable pour les marchés le service de la dette souveraine des pays occidentaux. Avec 3 trillions de dette publique, 7% de taux d’intérêt en France, c’est, à l’horizon 2026-2030, environ 200 Mds € annuels d’intérêts, soit une fois et demi les recettes de la TVA !!! Intenable.

L’Exécutif, français notamment, n’ayant pas vraiment les coudées franches – en pleine contestation sociale – pour procéder au haircut immobilier ou patrimonial dont rêve secrètement Mme Lagarde (et qui serait un jeu d’enfant si les CBDC, comprendre l’€num, voyaient le jour), la hausse des taux directeurs est donc condamnée à se calmer et même à s’inverser – ce qu’on appelle le “pivot” des banques centrales. La FED devrait arrêter la première (ayant commencé plus vite et plus fort que les autres), ce qui devrait renforcer, conjoncturellement, l’euro face au dollar. Les traders du forex peuvent jouer cette carte.

Mais l’inflation, elle, que va-t-elle faire ?

Le pivot des banquiers centraux, conjugué au sous-investissement structurel dans les énergies fossiles – réchauffisme oblige – et à l’enlisement, en réalité maîtrisé par Poutine, du conflit russo-ukrainien, plaident tous pour une désinflation (soit un ralentissement de la hausse des prix), laquelle devrait conduire l’évolution annuelle de l’indice des prix à la consommation (IPC), en tout cas en zone euro, à se stabiliser autour de 5%. Les taux, tant court terme que long terme, restant, pour des raisons d’équilibre des marchés de capitaux, autour de 3% en nominal, cela signifie pour l’épargnant français un statu quo figeant durablement dans le négatif les taux d’intérêts réels (i.e. déduction faite de l’inflation), autour de de -2%.

Quels arbitrages en tirer ?

  1. Votre retraite ne sera pas payée.
  2. Vous endetter vous reste favorable, notamment pour acquérir de la pierre. Je vous renvoie à mes dossiers sur la pierre et sur l’épargne bancaire, qui montrent qu’il faudra sortir du crédit fiduciaire dès lors que l’inflation se calmera durablement, pour repasser en-dessous des taux courts.

Mais qui dit inflation, dit débancarisation dans les autres actifs tangibles complémentaires à la pierre : la terre (forêt, foncier, bétail) et surtout les métaux précieux (or, métaux blancs).

Rechercher un rendement au moins égal au taux d’inflation annuel de long terme, que nous estimons à 5%, est dont un impératif catégorique, en direction duquel les équipes de Samarie & Cie et du Courrier des Stratèges vous accompagnent.

Florent Ly-Machabert


Quelques mots-phares pour la tempête qui vient

Quand on prend le temps d’explorer, via une quarantaine de modèles que nous vous exposons dans notre second mensuel Signal & Tic, notre monde extérieur, comme notre monde intérieur, en tentant à chaque fois d’abord de l’expliquer, puis, si possible, de le changer, trois mots-clefs ressortent, qui résonnent singulièrement après les « années Covid » – années volées – que nous venons de traverser.

Tout d’abord, le mot attention. Notre attention – notre concentration, notre vigilance – est devenue un marché et les grandes firmes du capitalisme de connivence, celles qui copinent avec l’État, se l’arrachent. Nous obnubiler pendant presque trois ans avec le Covid était leur obsession, pour tout digitaliser, absolument tout, quels qu’en soient les effets secondaires, les « externalités négatives » pour parler en économiste. On pourra lire avec intérêt le dernier ouvrage de G Bronner – sociologue pourtant ouvertement macroniste – mais qui décrit très bien le hold-up cognitif en cours (sauf qu’il en conclut qu’il faut verrouiller les réseaux sociaux…) : Apocalypse cognitive.

Ensuite, nous gagnerions à retrouver le sens de l’effort – voire de la douleur – en toutes choses. J’écrivais déjà en 2007, dans un ouvrage préfacé par un L Wauquiez qui venait tout juste d’être Young Global Leader mais qui n’avait pas encore fait son coming out liberticide (il teste désormais la reconnaissance faciale dans les transports collectifs de Rhône-Alpes/Auvergne… mais ne vous inquiétez pas : « c’est français, c’est la police française »), j’écrivais alors, disais-je, en Omar Raddad de l’économie, que « le consumérisme nous a tuer », c’est-à-dire qu’à force de ne plus faire d’efforts, à force d’avoir tout, tout le temps, à portée de bras, de clics ou de carte bancaire, nous avions fini par occire le mérite. Ce temps est révolu et il nous faut à présent nous retrousser les manches, en exploitant le meilleur de la technologie et en en abandonnant le pire, pour recréer du lien social. Du vrai lien social. Humain, pleinement humain. Quelques mots clefs riment avec cet effort, voire cette douleur qui accompagne tout changement d’époque, d’ère ou de cycle ; je les emprunte au physicien Ph Guillemant, dont je recommande chaudement la lecture de son dernier ouvrage (Le grand virage de l’humanité) : résilience, autonomie, solidarité.

Enfin, tout démontre que l’esprit critique et le libre arbitre doivent l’emporter mais que tout est fait actuellement pour les défaire. La nécessité de nous déconditionner n’a jamais été aussi grande et les entraves pour nous en empêcher également. Tout est à reconstruire, à commencer, peut-être, par ce qui nous semblait il y a encore trois ans aller de soi : la Science (la santé, la médecine), les Médias, l’École. Une réflexion, critique, elle aussi, doit intervenir pour redessiner les contours de l’État. Je prends personnellement ma part dans la reconstruction des deux dernières institutions, à travers Samarie & Cie et Le Courrier des Stratèges d’une part, via un projet de fondation d’une école indépendante dans le Bourbonnais d’autre part, où, d’ailleurs, je pars m’installer le mois prochain, tant je pense que nous arrivons, en France, à un point où il convient de “vendre la ville” pour “acheter la campagne”.

Il faut enfin apprendre à débattre et à se reparler.

Rien n’est plus urgent aujourd’hui.   

Florent Ly-Machabert


Vers un grand krach financier pour imposer l’€num ?

La caste joue à Jacques-a-dit

En écho au récent article de notre ami Eric Verhaeghe avec qui nous préparons les modalités d’un nouvel accompagnement pratico-pratique pour vous aider à réagir en temps réel à l’actualité bancaire, boursière, économique et financière qui s’annonce chaotique dans les mois qui viennent, ce papier entend balayer les quelques “signaux faibles” (pas si faibles pour la plupart) potentiellement annonciateurs de tendances baissières lourdes qu’il convient aux sécessionnistes avertis d’anticiper du mieux qu’ils puissent pour les conjurer et ainsi sauvegarder l’épargne de toute une vie.

De son côté, Jacques Attali a tranquillement prophétisé le 12 avril dernier “une immense crise financière”. Et d’ajouter : “A moins d’agir vite, elle frappera, probablement au cours de l’été 2023. Et si, par procrastination générale, elle est reportée, elle n’en sera, plus tard, que plus sévère.”

Le réel plaide en faveur d’une correction généralisée des marchés, qui pourrait rapidement dégénérer en crises financières

  1. D’abord il y a eu, début mai, la dégradation de la note de crédit de la France (désormais cotée AA-) par l’agence de notation Fitch : que ce soit une agence française qui ouvre le bal, qui plus est dirigée par un proche de Macron (et de Fillon) est pour le moins inquiétant, d’autant que c’est l’institution notée qui paie son évaluateur ! Les conflits d’intérêt potentiels ne suffiraient-ils donc plus ? Marc Ladreit de Lacharrière ne veut-il pas entamer la réputation de son agence en surclassant un navire en perdition ? Les notes à venir des deux autres agences, américaines cette fois, Moody’s et Standard & Poor’s, lèveront peut-être une partie du voile.
  2. Ensuite, les marchés boursiers européens évoluent à des niveaux élevés. L’indice parisien, qui a gagné plus de 13% depuis le début de l’année et près de 30% depuis l’automne dernier, se situe ainsi à plus de 2 écarts-types au-dessus de sa tendance moyenne, ce qui signifie, au plan strictement statistique, qu’il a 97,5% de risque de baisser à présent. Ou 2,5% de poursuive sur sa lancée. A vous d’estimer le risque de marché que vous êtes prêt à prendre.
  3. Démonstration n’est plus à faire du gigantesque krach obligataire provoqué par le violent resserrement monétaire décidé, très et trop tardivement, par les banques centrales occidentales, notamment la FED et la BCE, pour tenter de contrer l’inflation causée, non par la guerre en Ukraine comme on le lit ici ou là, mais par la monétisation très Great Reset-compatible du Covid : il ne faut guère aller chercher plus loin les causes de la faillite – déjà ! – de cinq grandes banques, quatre aux USA (SVB, Signature, Silvergate, FRB) et une en Suisse (Crédit Suisse). La SG et la BNP sont en lice en France, la DB outre-Rhin (même si elles seront immanquablement sauvées par la BCE), tant il aura déjà fallu le retour de la planche à billet à folle allure dès septembre 2019 pour les réalimenter en centaines de milliards de $, Covid aidant…
  4. Les métaux précieux évoluent à bon niveau, signe que l’épargne cherche déjà le refuge de la débancarisation. Le cours de l’or fait ainsi du surplace au-dessus des 2000 $ l’once depuis plus de deux semaines.
  5. Au rythme où la BCE remonte encore son principal taux directeur, le Trésor français devra progressivement acquitter à horizon 2026-2028 des intérêts annuels de la dette de l’ordre de 70 à 90 Mds € (sous l’hypothèse, optimiste, de 3% sur l’OAT 10-ans), soit plus que le budget de la Défense, une fois et demi celui de l’Éducation nationale, un tiers du budget de l’État, les deux tiers des recettes annuelles de la TVA, etc. Pour le dire autrement, un scénario à la grecque n’est plus du tout à exclure pour la France, c’est-à-dire celui d’une attaque spéculative de notre dette sur les marchés de capitaux.
  6. La démondialisation consécutive à la fois au Covid et à la guerre en Ukraine, en renforçant les BRICS dont elle accélère la dédollarisation, contribue à la dégradation de la balance commerciale de l’UE (notamment de l’Allemagne et des Pays-Bas) qui affaiblit un peu plus l’euro, dont l’avenir est tout sauf garanti ; à moins que la servilité covidienne d’une grande partie des populations occidentales n’ait autorisé la caste à mettre les bouchées doubles sur les monnaies programmables de Banque Centrale, dont un bon krach faciliterait considérablement la mise en œuvre prévue en Europe pour l’automne prochain.

Ce n’est donc pas parce que Jacques l’a dit que cela aura lieu.

Mais ce n’est pas non plus parce qu’il l’a dit que cela n’aura pas lieu, compte tenu des six nuages (au moins) qui s’amoncèlent à l’horizon.

Un homme averti en valant deux, pesez double dans la balance !

Florent Ly-Machabert


Dette publique et “pognon de dingue”

La crise n’explique pas tout

Par rapport à 2020, l’endettement public de la France s’est envolé de plus de 6% pour dépasser les 2810 Mds € fin 2021 et 2950 Mds € fin 2022. Alors que le gouvernement pensait clore l’année 2022 sur une dette d’environ 115% du PIB et un déficit d’environ 5% (après respectivement 114,6% et 8,9% en 2020 et 112,9% et 6,5% en 2021), les indicateurs s’avèrent légèrement meilleurs que prévu. Grâce à la très forte croissance de l’activité économique de 7% en 2021, la dette s’établit à 111,6% du PIB, après un pic à plus de 120% en cours d’année, selon les dernières données publiées par l’Insee. Le déficit public est quant à lui « limité » à 4,7% du PIB.

Comme souvent lors des périodes de forte croissance (2021), les recettes fiscales se sont envolées. Après une perte de vitesse de près de 5% en 2020, elles ont augmenté de 8,4% en 2021, soit +102 Mds €, dont notamment une progression des recettes de TVA de plus de 20 Mds € due au rebond de la consommation. Idem en 2022, où les recettes de TVA ont encore grapillé 9 Mds €.

Cependant, ce dynamisme n’est pas synonyme de libéralisme. Loin de là : l’État reste hélas le pilier central de l’économie française, comme le démontrent les « plans de relance post-Covid », les aides d’urgence pour les entreprises touchées par les restrictions sanitaires, etc. Ainsi, les dépenses publiques représentent 59,2% du PIB fin 2021, au-delà de leur niveau d’avant-crise, où le ratio s’élevait à 55,6%. Pour 2022, la fourchette est de 56-58%.

Olivier Dussopt (ex-ministre des Comptes publics) estimait d’ailleurs que ces indicateurs « confirment l’efficacité du plan d’urgence et du plan de relance pour notre économie et donc pour les Français ». Ce redressement des finances publiques pourrait même expliquer, rétrospectivement, la réélection de Macron, alors même que les finances publiques, on s’en souvient, n’ont été que rarement évoquées dans le débat public électoral. Le président-candidat a même nié avoir fait exploser la dette durant son premier mandat… 

Le fragile bilan du premier mandat d’Emmanuel Macron

Les équipes du président-candidat ne s’étaient d’ailleurs pas avancées sur de quelconques prévisions macroéconomiques. Les questions de finances publiques, sur lesquelles Emmanuel Macron s’était engagé en 2017, ont semblé occuper une place plus que secondaire. Malgré le contexte économique (très) inquiétant, le candidat Macron n’a presque jamais prononcé les mots « dette », « déficit » ou même « finances publiques ». Il s’est contenté de promettre un retour sous un déficit de 3% en 2027 et un reflux de la dette à partir de 2026. Et ce grâce à une maîtrise des dépenses !

Cette discrétion n’est pas uniquement due à l’effet de surprise de la guerre en Ukraine. Malgré la bonne nouvelle du retour de la croissance en 2021, le bilan d’Emmanuel Macron sur l’ensemble du quinquennat est catastrophique au niveau des comptes publics. Depuis fin 2017, la dette de l’ensemble des administrations publiques françaises a augmenté de plus de 540 Mds €, soit près de 25%. Et même en 2021, en valeur, la dette a encore progressé de 165 Mds €, pour dépasser 2813 Mds €. Nous en sommes aujourd’hui au seuil des 3000 Mds €… En 2021, cela a représenté un bond de 6,2% en un an, inférieur, donc, à la progression en valeur du PIB. D’où la réduction mécanique du ratio dette / PIB en un an, tout en trompe-l’œil donc.

La France avait, dans ces conditions, abordé la crise sanitaire dans une situation d’endettement pire que ses voisins, comme l’Italie, dont elle se moquait pourtant passablement. Entre 2018 et 2019, la dette publique française est restée stable à 98,1% du PIB, alors qu’elle a baissé de 1,4 point de PIB en moyenne dans la zone euro, pour atteindre 84,1% du PIB fin 2019. La dette allemande est repassée sous le seuil des 60% (70% aujourd’hui), comme l’exige normalement le Pacte de Stabilité et de Croissance. À cette époque, seuls la Grèce, l’Italie, le Portugal et la Belgique présentaient dans la zone euro une dette supérieure à celle de la France… Ne restent désormais plus que les pays méditerranéens, la Belgique ayant entamé un mouvement de maîtrise de ses comptes publics.

Tous les pays de l’Eurozone se sont par ailleurs lourdement endettés pendant la crise pour soutenir leur économie et amortir le choc pour les ménages et, selon les pays, les entreprises. Et fidèle à son habitude, la France a ouvert plus largement les vannes que ses voisins. Selon Eurostat, la dette publique moyenne des États de la zone euro avait progressé en valeur de 19% entre fin 2017 et le troisième trimestre 2021. Sur la même période, l’endettement de la France avait déjà bondi de 26% ! Si on se concentre sur la période de la pandémie, la dette de la zone euro s’est envolée de 17% entre fin 2019 et le troisième trimestre 2021, celle de la France, de 19%. Nous rappelons au passage qu’avec seulement 2% de la population mondiale, la France concentre à elle seule 12% des revenus secondaires mondiaux, c’est-à-dire des prestations sociales versées aux quatre coins de la planète…

Autrement dit, c’est essentiellement hors période de crise que l’écart entre la France et les autres pays européens se creuse, sans doute en raison de notre structure de dépenses. Alors que la guerre en Ukraine a percuté lourdement l’activité économique, en aggravant l’inflation, les prochaines années s’annoncent donc d’ores et déjà délicates. La restauration de finances publiques saines va être douloureuse. La première piqûre de rappel viendra (très vite désormais) de la charge d’intérêt de la dette, qui, du fait de la brutale remontée des taux, va rapidement occasionner une dépense annuelle de l’ordre de 60 à 80 Mds €. Malgré l’environnement de taux très favorable en 2021, cette ligne budgétaire a déjà rebondi de 15%, soit 5 Mds €, pour atteindre 38 Mds € en raison du poids des obligations indexées sur l’inflation. Le second coup derrière la tête arrive. Espérons qu’il ne sera pas fatal.

Florent Ly-Machabert


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