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Archives octobre 2024

Cessons d’exprimer la dette en % du PIB !

Il est des farces qu’il est bon de faire cesser.

Parmi elles, celle qui consiste à rapporter la dette d’un Etat (ou, pire, son déficit) au PIB, alors que la dette est un stock (de déficits justement, accumulés année après année, depuis 1974 dans le cas de la France) et le produit intérieur brut un flux, généralement annuel, de valeurs ajoutées (pour le secteur marchand) ou de… coûts de production, essentiellement salariaux (pour le secteur non marchand, qui inclut le secteur public).

C’est comme si un ménage rapportait son taux d’endettement aux revenus… de toutes les personnes qui habitent dans son quartier !

La logique voudrait qu’en comptabilité nationale on rapportât la dette publique, et donc a fortiori le déficit budgétaire, aux recettes de l’État, soit quelque 350 Mds € annuels.

Le « déficit de la France » fin 2024 ne s’élèverait alors plus à quelque 6% du PIB, mais bien à… 49%, ce qui signifie concrètement que l’État dépense une fois et demi ses recettes annuelles !

Idem avec notre « dette publique » qui devrait s’élever fin 2024 à plus de 3 300 Mds €, soit, non pas 115% du PIB comme l’indique le graphique ci-dessus, mais bien… 943%, ce qui signifie, là encore, concrètement, qu’il faudrait que la France consacrât 100% de ses recettes fiscales pendant presque 10 ans pour résorber sa dette ; ce qui ne laisserait plus un seul petit centime pour faire fonctionner les services publics, payer les fonctionnaires, etc. Et c’est sans parler de la dette des collectivités territoriales, ni de celle de la Sécurité sociale (retraite, santé). Et j’omets aussi, par pudeur, la dette hors-bilan…

Voilà où nous en sommes vraiment, sans l’artifice statistique qui consiste à rapporter des choux sur des carottes.  

Florent Ly-Machabert


Barnier à côté de la plaque !

L’austérité, l’une des politiques budgétaires keynésiennes contracycliques

Synonyme de « rigueur » budgétaire et contraire de la fameuse « relance », la politique d’austérité budgétaire consiste à réduire des dépenses publiques et/ou à augmenter la pression fiscale. On parle parfois de « scénario à la grecque » dont nous retraçons le contenu ci-dessous. Force est cependant de constater que M Barnier ne s’attaque pas en profondeur au mal français…

Un « scénario à la grecque » en France consisterait en l’intervention de la troïka (FMI, Commission, BCE) pour restaurer la confiance des marchés envers la dette française. Cela pourrait notamment passer par des prêts (des « French Loan Facilities ») consentis par les institutions européennes et mondiales en échange de mesures d’austérité drastiques destinées à réduire le déficit primaire (hors intérêts de la dette) de la France.

Concrètement, on pourrait alors s’attendre :

1) Dans la Fonction publique
✓ A une baisse des salaires nominaux de 20 à 30%
✓ A la hausse du temps de travail (retour aux 39h sans hausse de salaire)
✓ Au gel des pensions
✓ A la réduction des effectifs (30%)
✓ A une baisse des dépenses des collectivités locales de 40% (moyennant la fusion d’échelons, une progressive division par 2 des effectifs, l’instauration d’une vraie « règle d’or » budgétaire interdisant tout déficit)
✓ A une fermeture partielle ou totale de l’audiovisuel public

2) Dans la Santé
✓ A une rationalisation de la gestion des hôpitaux (moyennant le « dégraissage » des quelque 25% de personnels administratifs)
✓ Au plafonnement des dépenses de santé à 6% du PIB (contre 12% aujourd’hui environ)

3) Dans l’Éducation
✓ A des fusions d’établissements scolaires ou supérieurs
✓ A une baisse du salaire des enseignants de 30%

4) Dans la Défense
✓ A la réduction de moitié des dépenses militaires (ex. gel des achats d’équipement, fusion de bases militaires, etc.)
✓ Au non-remplacement des départs à la retraite

5) En matière de Retraites
✓ Au report de l’âge légal de 64 à 65 puis 67 ans
✓ Au plafonnement/réduction des pensions
✓ A l’alignement des régimes publics (et spéciaux) sur le privé

6) En matière de Fiscalité
✓ A une hausse de la TVA de 4 pts
✓ A une hausse des taxes sur le carburant
✓ A l’abaissement du seuil de la 1ère tranche de l’IRPP et à l’adjonction de nouvelles tranches

7) En matière de Privatisations
✓ A la privatisation d’infrastructures telles que des ports, des aéroports, le parc immobilier, des opérateurs publics de type Véolia, etc.

8) En matière de Croissance
✓ A la réduction du SMIC de 20%
✓ A l’allégement du Code du travail

Conséquences immédiates sur votre portefeuille d’actions

Même si ce scénario reste hypothétique, une première conséquence à anticiper est de liquider toute position dans votre Plan d’Épargne en Actions (PEA) ou votre Compte-Titres Ordinaire (CTO) qui consisterait en des titres de propriété d’entreprises dont l’État est actionnaire.
J’ai recensé pour vous les principales (CAC 40) :

Autres mesures austéritaires envisageables

Les mesures suivantes ont été appliquées à d’autres pays (Irlande, Portugal, Chypre) dans le cadre de politiques d’austérité.
Il n’est donc pas exclu de les voir apparaître en France, une fois que l’Histoire aura regardé de haut M Barnier…
1) Recapitalisation de banques
2) Mise en place de partenariats public-privé dans les domaines de la Sécurité & de la Justice
3) Retour de la réforme de l’assurance chômage que G Attal a annulée avant le 2nd tour des élections législatives
4) Rationalisation des transports publics
5) Accès restreint aux bourses étudiantes
6) Cotisation spéciale de 3,5% sur les pensions supérieures à 1 500 €
7) Taxation de 10% des dépôts bancaires supérieurs à 100 000 €
Prenez donc vos précautions pour débancariser à minima.
Pour en savoir plus.

Florent Ly-Machabert