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Archives juin 2025

Les cryptos & la Russie face à la guerre…

Depuis le durcissement des sanctions économiques imposées à la Russie en mars 2022, notamment l’exclusion partielle du système SWIFT et le gel d’une partie de ses réserves en devises étrangères, le pays a exploré des alternatives pour maintenir ses flux commerciaux, en particulier dans le secteur stratégique du pétrole. Parmi ces alternatives, l’utilisation des cryptomonnaies, telles que le Bitcoin (BTC), l’Ethereum (ETH) et les stablecoins comme l’USDT, émerge comme une pratique croissante, bien que ciblée, pour certaines transactions internationales.

Cet article (paru dans Finance & Tic, N°54) explore cette dynamique, basée sur des informations récentes, et analyse les implications de cette stratégie dans un contexte géopolitique et économique tendu…

Une réponse aux contraintes des sanctions

Le commerce pétrolier russe, qui représente environ 200 Mds $ en 2024, est un pilier de l’économie nationale. Cependant, les sanctions occidentales ont compliqué les paiements internationaux, en limitant l’accès aux circuits financiers traditionnels comme SWIFT, largement utilisé pour les transactions pétrolières. Face à ces restrictions, la Russie s’est tournée vers des solutions alternatives, notamment les cryptomonnaies, pour faciliter ses échanges avec des partenaires clés comme la Chine et l’Inde.
Selon des sources anonymes rapportées par Reuters en mars 2025, certaines majors pétrolières russes convertissent des paiements reçus en yuans ou en roupies en cryptomonnaies via des intermédiaires, avant de les transformer en roubles. Cette pratique, bien que limitée, connaît une expansion notable. Elle permet de contourner les barrières imposées par les sanctions, en offrant une alternative décentralisée et difficilement traçable aux systèmes financiers traditionnels.
En décembre 2024, le ministre des Finances russe, Anton Silouanov, a confirmé que la Russie utilisait le Bitcoin pour des transactions internationales, qualifiant cette démarche d’« expérimentale ». Cette expérimentation, qui dure depuis plus d’un trimestre, marque une évolution significative dans la stratégie financière du pays. Elle s’inscrit dans une logique pragmatique : préserver la fluidité du commerce pétrolier tout en réduisant la dépendance au dollar américain et aux systèmes financiers occidentaux.

Une adoption ciblée, pas systématique

Il est important de noter que l’utilisation des cryptomonnaies ne concerne pas l’ensemble des exportations pétrolières russes.
La majorité des transactions continue de s’effectuer en monnaies locales des pays du BRICS+ (yuan chinois, roupie indienne, dirham des Émirats arabes unis). Cependant, les cryptomonnaies offrent une flexibilité accrue pour des transactions spécifiques, notamment avec des partenaires dits « amis » par la Russie.
Dès 2022, Pavel Zavalny, président de la commission de l’énergie à la Douma, avait proposé que les pays partenaires puissent régler leurs achats de pétrole en Bitcoin. Cette idée, initialement accueillie avec prudence par le ministère des Finances, qui considérait les cryptomonnaies davantage comme des actifs spéculatifs que comme un moyen de paiement viable pour des volumes massifs, semble avoir gagné du terrain. L’évolution de la position officielle reflète une adaptation aux réalités imposées par les sanctions et une reconnaissance du potentiel des cryptomonnaies pour des transactions internationales.
Cette approche ciblée illustre une stratégie pragmatique : la Russie n’a pas adopté les cryptomonnaies de manière systématique, mais les utilise comme un outil complémentaire pour naviguer dans un environnement économique contraint. Cette pratique, encore marginale, pourrait toutefois devenir plus courante à mesure que les tensions géopolitiques et les pressions sur le dollar s’intensifient.
Un contexte économique favorable à l’expansion des cryptos
L’adoption croissante des cryptomonnaies par la Russie intervient dans un contexte où le dollar américain, pilier du commerce pétrolier mondial, montre des signes de vulnérabilité. Début avril, une vente massive de bons du Trésor américain (Tbonds), représentant une partie des 760 Mds $ détenus par la Chine (voir graphique ci-dessous), a fait grimper le taux d’intérêt à long terme des États-Unis à plus de 4,5%. Cette dynamique, couplée à la montée en puissance du renminbi chinois, renforce l’attractivité des alternatives au dollar, y compris les cryptomonnaies.

En s’appuyant sur des monnaies numériques décentralisées, la Russie réduit sa dépendance aux systèmes financiers dominés par l’Occident. Les stablecoins comme l’USDT, indexés sur le dollar mais opérant sur des blockchains, offrent une stabilité relative tout en permettant des transactions rapides et discrètes. De même, le Bitcoin et l’Ethereum, bien que plus volatils, garantissent une certaine autonomie vis-à-vis des institutions financières traditionnelles.
Perspectives et implications

L’expérimentation russe avec les cryptos soulève plusieurs questions. D’une part, elle met en lumière la capacité des technologies blockchain à offrir des solutions dans des contextes de restrictions économiques. D’autre part, elle pose des défis en termes de régulation et de stabilité financière. Les cryptomonnaies, par leur nature décentralisée, échappent en grande partie aux contrôles traditionnels, ce qui peut compliquer leur intégration dans des cadres légaux nationaux.
Pour la Russie, cette stratégie pourrait devenir un modèle pour d’autres nations confrontées à des sanctions similaires. Cependant, une adoption plus large des cryptomonnaies dans le commerce pétrolier nécessiterait des infrastructures plus robustes et une acceptation accrue par les partenaires commerciaux. Les pays des BRICS+, qui jouent un rôle clé dans cette dynamique, pourraient influencer l’évolution future de cette pratique.

En conclusion, l’utilisation des cryptomonnaies par la Russie pour son commerce pétrolier illustre une réponse pragmatique aux sanctions occidentales. Bien que ciblée et non systématique, cette pratique marque une étape dans la diversification des outils financiers du pays. À l’heure où le dollar américain perd de son hégémonie et où les tensions géopolitiques redessinent les dynamiques commerciales, les cryptomonnaies pourraient jouer un rôle croissant, non seulement pour la Russie, mais aussi pour d’autres acteurs cherchant à contourner les contraintes du système financier global.

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Florent Ly-Machabert


Le moment est venu de vous désendetter.

Dans un contexte économique marqué par une désinflation palpable (mais temporaire…), des incertitudes sur l’épargne et une pression croissante sur le pouvoir d’achat, se désendetter apparaît comme une stratégie financière judicieuse pour de nombreux ménages.
Voici nos arguments clés qui plaident en faveur d’un remboursement anticipé des dettes, tout en tenant compte des opportunités et des précautions à prendre.

Pourquoi réduire ses dettes maintenant ?

1) Désinflation et coût réel de l’emprunt
La forte désinflation observée augmente le coût réel des emprunts. En effet, l’inflation diminue le pouvoir d’achat de l’argent remboursé, rendant les dettes moins coûteuses en termes réels. La désinflation fait donc l’inverse ! En conséquence, pour les prêts à la consommation ou immobiliers avec des taux nominaux supérieurs à 3%, il devient plus avantageux de rembourser ces dettes plutôt que de conserver une épargne réglementée, dont la rémunération baisse face à la concurrence de l’assurance-vie.
En redirigeant une partie de son épargne vers le remboursement anticipé, on optimise sa situation financière.


2) Menaces sur l’épargne
L’Exécutif semble s’intéresser de près à l’épargne des ménages… Des premières restrictions ont été observées sur l’assurance-vie (par exemple, chez Generali) et le Plan Épargne Retraite (PER).
De plus, une partie de l’épargne pourrait être mobilisée pour financer des initiatives comme le Fonds Défense de la BPI ou d’autres projets stratégiques. Bien que cette épargne ne soit pas directement saisie,
elle pourrait être réorientée vers l’effort de défense, incitant à privilégier le désendettement pour sécuriser votre patrimoine.


3) Réduction de la dépendance aux créanciers
En période d’incertitude économique, particulièrement en deuxième partie de cycle de vie (selon la théorie de Modigliani, donc après 40-45 ans), réduire son patrimoine brut, c’est-à-dire sa dépendance vis-à-vis des créanciers, est une démarche prudente. Cette opération est neutre pour le patrimoine net, car la diminution de liquidités (épargne) est compensée par une baisse symétrique du capital restant à rembourser.
Cela renforce la résilience financière face aux aléas économiques. A méditer…


4) Alléger les dépenses pré-engagées
Selon l’INSEE, le pouvoir d’achat augmente, mais ce ressenti est contredit par la hausse des dépenses pré-engagées, qui représentent 30,4% du revenu disponible brut en 2023, contre 14,8% en 1963 !
Ces dépenses (loyers, abonnements médias et télécoms, assurances, services financiers, traites mensuelles) sont souvent indexées sur l’inflation et difficiles à renégocier à court terme.
Se désendetter permet de réduire ces charges fixes, libérant ainsi du « reste-à-vivre » pour une meilleure qualité de vie.


5) Conjoncture immobilière favorable
Le marché immobilier traverse un creux, mais une reprise des prix est attendue dans les 6 à 12 mois. C’est donc le moment idéal pour investir dans l’immobilier, notamment en réduisant ses dettes existantes pour libérer des capacités d’emprunt.
Cependant, il est crucial de conserver une réserve de liquidités. En période de récession ou de crise financière, les actifs, notamment financiers, peuvent être « en soldes », offrant des opportunités d’investissement à saisir.


Une opportunité à saisir avec précaution : il faut doser son remboursement anticipé

Si le désendettement est une stratégie séduisante, il ne faut pas vider entièrement ses réserves d’épargne.
Garder du cash est essentiel pour faire face à d’éventuelles urgences ou pour profiter d’opportunités d’investissement lors de périodes de crise, ou simplement de correction (comme en avril).
Un remboursement anticipé bien calibré permet de concilier réduction des dettes et flexibilité financière.
En conclusion, dans un environnement économique complexe, se désendetter offre une double opportunité : réduire sa dépendance financière et libérer du pouvoir d’achat tout en se positionnant pour de futurs investissements, notamment immobiliers.
Une approche équilibrée, combinant remboursement anticipé et maintien de liquidités, est la clé pour naviguer avec sérénité dans cette période de transition.

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Florent Ly-Machabert